Tapez « prix m² » suivi du nom de votre ville : vous obtiendrez une dizaine de chiffres différents pour la même commune, parfois avec 900 €/m² d’écart. Ce n’est pas une erreur de calcul, c’est une différence de source. La plupart de ces outils moyennent des annonces en ligne, c’est-à-dire des prix demandés. Or un prix demandé n’est pas un prix de transaction : c’est le point de départ d’une négociation.
La source qui dit ce qui a été payé
Chaque vente immobilière signée devant notaire est enregistrée par l’administration fiscale, puis publiée en données ouvertes sous le nom de demandes de valeurs foncières. On y trouve, vente par vente, le prix effectivement payé, la surface, le type de bien, la date et la localisation à la parcelle. C’est gratuit, c’est officiel, et cela couvre la quasi-totalité du territoire, à l’exception de l’Alsace-Moselle et de Mayotte qui relèvent d’un régime de publicité foncière différent.
Le prix payé
Une limite à connaître : la base est publiée par lots successifs, avec quelques mois de décalage, et le dernier semestre est toujours incomplet. Elle ne décrit donc pas le marché de la semaine, mais elle décrit celui des deux dernières années, ce qui est exactement l’horizon d’une négociation.
Quatre erreurs de lecture qui faussent tout
1. Mélanger les maisons et les appartements
Ce sont deux marchés. Dans la même commune, le m² d’une maison avec terrain et celui d’un deux-pièces en centre-ville n’ont aucune raison de se ressembler. Une médiane calculée sur les deux ne décrit ni l’un ni l’autre.
2. Prendre la moyenne au lieu de la médiane
Une seule vente d’exception, un hôtel particulier, un immeuble entier, suffit à faire monter une moyenne de plusieurs centaines d’euros au m². La médiane, elle, est le prix qui coupe l’échantillon en deux : la moitié des ventes en dessous, la moitié au-dessus. C’est la seule statistique qui décrive l’acheteur ordinaire.
3. Ignorer l’effet de la surface
Le prix au m² décroît avec la surface : un studio se vend structurellement plus cher au m² qu’un cinq-pièces, parce que la cuisine et la salle d’eau y coûtent le même prix sur moins de mètres. Comparer un 25 m² à la médiane de tous les appartements de la ville conduit à croire à une bonne affaire qui n’existe pas. Comparez à surface proche, à plus ou moins un tiers.
4. Prendre la commune pour le quartier
Dans une ville moyenne, l’écart entre deux quartiers dépasse souvent 30 %. Restreignez à votre code postal, à condition de garder assez de ventes : en dessous de cinq ventes comparables, une médiane n’est plus une statistique, c’est une anecdote. Mieux vaut alors élargir et le dire, que d’afficher un chiffre précis et faux.
La lecture faite pour vous
Collez votre annonce : l’aperçu gratuit lit les ventes notariées du secteur, à type et surface comparables, et vous montre l’écart avec le prix demandé ainsi que le nombre de ventes retenues.
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La méthode, en cinq minutes
- 1Notez le prix affiché et la surface privative, puis calculez le prix au m² demandé.
- 2Réunissez les ventes du même type de bien, dans le même code postal, sur les deux à trois dernières années.
- 3Gardez celles dont la surface est comprise entre deux tiers et quatre tiers de la vôtre.
- 4Calculez la médiane, puis le premier et le troisième quartile : vous obtenez la fourchette où se conclut la moitié des ventes.
- 5Comparez. Un prix demandé au-dessus du troisième quartile n’est pas nécessairement excessif, mais il exige une justification que vous pouvez exiger poste par poste.
Pourquoi les estimateurs en ligne diffèrent entre eux
Trois raisons, toutes légitimes, aucune neutre. D’abord la source : annonces en ligne pour la plupart, ventes notariées pour quelques-uns. Ensuite la maille : commune entière, quartier, ou section cadastrale. Enfin l’intention : un estimateur adossé à un réseau d’agences a un intérêt commercial à produire un chiffre engageant pour le vendeur qui saisit son adresse. Rien d’illégitime là-dedans, à condition de savoir qui parle et pour qui.
Faites glisser le tableau pour voir toutes les colonnes.
Du prix au m² au prix du bien
Le prix au m² est un point de départ, pas une conclusion. Une fois la médiane du secteur appliquée à la surface, il reste à ajouter ou retirer ce qui est propre à ce bien : l’étiquette énergie et son calendrier, les travaux privatifs chiffrés par devis, votre quote-part des travaux votés en copropriété, les charges réelles, l’étage et l’ascenseur. C’est cette addition, et non un pourcentage tout fait, qui donne un prix juste défendable devant un vendeur.
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